ÉCOLOGIE, DÉVELOPPEMENT ET MOBILITÉ DURABLES

ÉCOLOGIE, DÉVELOPPEMENT ET MOBILITÉ DURABLES

Pour une diplomatie environnementale

Consultez le rapport ci-après le texte

L’heure est grave, et le constat sans appel. C’est donc avec toute la gravité et la sincérité que réclament les circonstances que je coucherai mes mots sur le papier.

La semaine dernière, le Fonds mondial pour la nature, en partenariat avec la société zoologique de Londres, a publié un rapport dont les conclusions dessinent sans ambiguïté les sombres traits du déclin inexorable de la faune sauvage. En moins d’un demi-siècle, les populations d’animaux vertébrés ont chuté de 60%.

Ce chiffre sonne tel le glas. Ce glas, qui résonne pour ces espèces disparues en silence,dans l’indifférence générale, précède, tel un prélude lugubre, celui qui sonnera pour celles qui les suivent de près dans leur marche vers le néant.Parmi ces dernières, il convient de le souligner, notre espèce, l’espèce humaine, occupe son rang.

Les moins raisonnables d’entre nous me reprocheront d’exagérer, de chercher à intimider ; tandis que les autres, plus nombreux, plus lucides sans doute,seront sensibles à ces propos empreints d’humilité. Car la réalité, la voici : toute l’hybris qu’est capable de manifester l’humanité ne la sauvera pas de son sort, inéluctable si rien n’est fait afin de stopper l’érosion de la biodiversité, impératif corolaire de notre survie commune.

Aux premiers, je dis avec force : ne vous fourvoyez pas ! A tous les autres, je dis avec conviction : ne nous résignons pas ! Indifférence et résignation nous mèneront à un seul port : celui de l’extinction. Il nous faut agir. Toutes et tous. Ensemble.

Dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances 2019, la Commission des Affaires étrangères s’est intéressée aux différentes actions menées par notre diplomatie en faveur de la préservation et de la reconquête de la biodiversité mondiale. En ma qualité de rapporteur pour avis concernant les crédits de la mission Écologie, développement et mobilité durables,j’ai ainsi souhaité formuler plusieurs propositions afin d’accompagner l’action résolue du Gouvernement dans ce domaine.

La France a choisi d’inscrire la reconquête de la diversité biologique parmi les premiers objectifs de sa politique étrangère. Il convient désormais à ce qu’elle élabore un cadre international audacieux et opérationnel afin de satisfaire ses ambitions. Son principal objectif diplomatique est simple mais colossal : réussir sur cette question ce qu’elle est parvenue à porter, avec succès, pour le climat en 2015, avec la signature de l’accord de Paris.

Ses choix,la France les assume : avec un budget sept fois supérieur à celui qu’elle consacrait à la biodiversité il y a dix ans de cela, elle porte haut sa volonté de placer la sauvegarde de la diversité biologique au cœur de son action internationale.

Afin d’imposer son leadership sur cette thématique, la France devra minutieusement préparer l’importante séquence diplomatique qui se déroulera entre 2019 et 2020. Notre capitale accueillera en effet la 7ème conférence plénière de l’IPBES dès le mois d’avril 2019, tandis que le prochain Congrès mondial de l’Union Internationale de la Conservation de la Nature (UICN) se tiendra à Marseille en 2020. A cette occasion, la société civile pourra cristalliser ses attentes à l’égard de la communauté internationale, à quelques mois seulement de la Conférence des Parties à la convention des Nations Unies sur la diversité biologique (CDB).

Ce dernier événement, qui se déroulera à Pékin en 2020, constituera le point d’orgue de cette séquence diplomatique, puisque c’est à l’occasion de cette COP qu’un nouveau cadre international devrait être adopté en faveur de la protection de la nature.

Sur le fond,mon rapport s’attache à mettre l’accent sur la protection des espèces sauvages emblématiques, comme les éléphants, les lions ou encore les baleines. Ces espèces disposent d’un fort pouvoir mobilisateur, susceptible d’accentuer la prise de conscience citoyenne en faveur d’une mobilisation générale en faveur de la préservation de la nature.

Il s’agit du point-clé d’une démarche visant à affaiblir l’érosion de la « biodiversité du quotidien », composée d’espèces moins connues du grand public, mais vitales pour la sauvegarde de la diversité biologique.

La protection de ces espèces emblématiques passe notamment par une accentuation de la lutte contre le braconnage et le trafic d’espèces sauvages. Jouissant d’une notoriété moindre que ceux portant sur la vente d’armes ou de stupéfiants, ce trafic constitue pourtant une activité extrêmement lucrative pour la criminalité organisée. La vente de certains produits issus du braconnage, comme l’ivoire, constitue une importante source de revenus pour les criminels qui s’y adonnent, lesquels s’exposent par ailleurs à des risques de poursuites judiciaires relativement modestes.

Ce dernier point démontre la transversalité des questions touchant à la biodiversité :protéger davantage les espèces sauvages reviendrait, dans le même temps, à obérer les moyens dont disposent les organisations criminelles et terroristes. La biodiversité est indubitablement un secteur clé en matière environnementale. Certes. Elle ne saurait cependant être réduite à cela, et il convient de considérer la place importante qu’elle doit occuper en matière d’économie, de sécurité et de géopolitique.

S’il existe aujourd’hui une vaste gamme de dispositifs permettant de lutter efficacement contre le trafic d’espèces sauvages, un secteur en particulier dispose d’une importante marge de progression : le transport maritime. En 2017, parmi les 11 saisies majeures opérées en France, s’agissant du trafic d’ivoire, 5 concernaient le vecteur maritime.

Or,il n’existe pas d’équivalent concernant l’Organisation maritime internationale (OMI) du protocole d’accord liant le secrétariat de la CITES et l’association internationale du transport aérien. Je suggère donc que la France œuvre pour l’adoption d’un tel accord afin de renforcer la lutte contre le braconnage et le commerce illégal d’espèces sauvages.

De même, concernant l’ivoire, il convient à ce que notre pays impulse à l’échelle européenne un mouvement tendant à une régularisation accrue de son commerce au sein de l’Union. Procéder ainsi permettrait de neutraliser les trafiquants abusant régulièrement des canaux d’échanges légaux afin de blanchir leurs activités criminelles.

Je considère que ces suggestions ne pourront être réalisées sans une étroite coopération entre les pouvoirs publics et les acteurs privés concernés par la préservation de la biodiversité. A titre d’exemple, ces partenariats stratégiques peuvent prendre la forme d’une diffusion ciblée et systématique d’informations par les compagnies aériennes, à l’adresse des voyageurs se rendant dans des zones sensibles ; ou encore, celle d’un filtrage des annonces litigieuses portant sur le commerce de spécimens vivants ou d’articles issus d’espèces protégées, et qui serait pratiqué par les sociétés de commerce en ligne et les réseaux sociaux.

Enfin,il convient à ce que nos corps diplomatiques se rangent en ordre de bataille afin de lutter efficacement contre l’érosion de la biodiversité à l’échelle mondiale. Le présent budget leur donne les moyens d’agir afin de promouvoir l’émergence d’une gouvernance commune au profit de la préservation et de la reconquête de la diversité biologique.

Il nous reste désormais à faire preuve d’audace et de volontarisme politique afin d’entrainer à notre suite l’ensemble de la communauté internationale dans ce combat pour la protection de la nature et la survie de l’espèce humaine toute entière.

 

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