De l’inconsistance d’un débat « Pro » ou « Anti » PMA

De l’inconsistance d’un débat « Pro » ou « Anti » PMA

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »

Cette citation, qui n’est pas de Voltaire, contient l’essence même du sentiment qui devrait animer celles et ceux qui souhaitent relever le gant et croiser le fer dans la tumultueuse arène du débat public.

Promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron, l’extension de l’assistance médicale à la procréation aux couples de femmes et aux femmes seules déchaîne les passions depuis plusieurs mois. Cet émoi est compréhensible : présentée alors comme un corolaire indissociable de l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, le précédent Gouvernement et sa majorité ont finalement choisi de se dédire face aux protestations d’une partie du peuple français. Bis repetita ? Cela ne saurait être.

Il apparaît désormais comme certain que la révision prochaine de la loi de bioéthique, prévue dans le courant de l’année 2019, rouvrira les discussions autour d’une éventuelle extension de l’assistance médicale à la procréation. Qu’il s’agisse des États généraux de la bioéthique, organisés en début d’année, ou des travaux menés pendant plusieurs mois par la mission d’information parlementaire relative à la révision de la loi de bioéthique, laquelle rendra prochainement son rapport,tout indique que l’assistance médicale à la procréation constituera un point focal du débat public, au sein du Parlement comme en dehors de ses murs.

D’ores et déjà, les vecteurs d’opinions se plaisent à aiguillonner les mauvaises passions. En inscrivant les débatteurs dans un rapport manichéen opposant les « Pros » aux « Antis », ils évacuent de facto des discussions deux éléments impératifs en matière d’éthique : la réflexion et la considération d’autrui. Néanmoins, il serait injuste de jeter la pierre aux seuls influenceurs, l’accentuation de ce clivage n’étant pas sans déplaire à celles et ceux qui se conçoivent moins comme des penseurs que comme des belligérants, fervents serviteurs de la cause qu’ils estiment la meilleure.

Ainsi fleurissent dans la presse, sur les réseaux sociaux et partout ailleurs des prises de position péremptoires, sans nuances. Cette attitude n’est pas honnête intellectuellement, tout comme elle n’est pas satisfaisante humainement. Car tel est l’objet des discussions qui nous intéressent : elles ne concernent rien de moins que la vie, le destin de milliers de femmes et d’hommes ; des françaises et des français qui, comme vous et moi, nourrissent espoirs et aspirations. Cette seule considération commande la prudence et l’humilité face aux questions dont nous sommes saisis.De même, la complexité de ces problématiques nous invite, nous décideurs politiques, à adopter dans nos réflexions une hauteur de vue que réclament ces responsabilités qui sont les nôtres.

A ce titre, il est regrettable que cette mesure, cette dignité, se retrouvent si peu de part et d’autre de cette dichotomie aussi artificielle qu’elle est stérile.

Que trouve-t-on du côté des « Antis » ? Une conception éculée de la famille, reposant sur une image naïve dont le caractère anachronique ne saurait échapper à quiconque n’a pas choisi de vivre comme un reclus. A ceux-ci je dis : Où est la ruine, où est l’effondrement de la société si ardemment prophétisé en 2013 ? Nulle part.

Que trouve-t-on du côté des « Pros » ? Des éléments de langage,répétés à l’envi, dont l’intégrité même a déjà été remise en cause par certaines des plus hautes instances de notre République, et dont l’omniprésence ne fait que pointer davantage le défaut d’une cuirasse qui ne manquera pas d’encaisser les coups les plus rudes. A ceux-là je dis : les demandes sociétales sont légitimes, vos intentions sont louables, quel intérêt avez-vous à agiter ainsi un chiffon rouge ? Aucun.

Ces postures ne peuvent concourir à l’organisation de discussions apaisées et dignes de nos concitoyens et de nos institutions.

Ainsi que j’ai pu le faire en qualité de vice-président de la mission d’information parlementaire relative à la révision de la loi de bioéthique, et ainsi que je continuerai à le faire lors des débats, je refuse sans ambiguïté toute confiscation artificieuse des discussions par quelque courant ou idéologie que ce soit, demeure ouvert au dialogue avec l’ensemble des parties prenantes et invite, en toute humilité, l’ensemble de mes collègues parlementaires à en faire de même.

Ensemble, œuvrons en bonne intelligence et dans le respect de chacun, pour que cette réforme de la loi de bioéthique soit conduite avec sérénité et efficacité.

 

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