Accueil des étudiants étrangers en France – Ne pas confondre vitesse et précipitation

Accueil des étudiants étrangers en France – Ne pas confondre vitesse et précipitation

La Commission des Affaires étrangères examinait ce matin le rapport de la mission d’information relative à l’accueil des étudiants étrangers en France.

Pour rappel, cette « mission flash » a été constituée à l’initiative de la Commission suite à l’audition par elle de la ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Madame Frédérique Vidal. À cette occasion, la ministre présentait aux commissaires présents les grands axes de la stratégie « Bienvenue en France – Choose France », annoncée par le Premier ministre le 19 novembre dernier. Parmi les mesures proposées, une hausse drastique des frais de scolarité devant être versés par les étudiants extra-européens souhaitant s’inscrire dans une formation dispensée par l’enseignement supérieur français.

Je comptais alors parmi les nombreux députés ayant fait part de leur scepticisme à l’endroit de cette décision devant s’à s’appliquer dès la rentrée universitaire 2019. En effet, qu’il s’agisse de la forme ou du fond, je considère que cette mesure n’est pas à même de répondre de manière satisfaisante aux exigences auxquelles l’enseignement supérieur français doit faire face.

Il est prégnant que notre modèle universitaire connaît à l’heure actuelle un risque de décrochage, notamment vis-à-vis de la montée en puissance d’autres acteurs internationaux, comme l’Allemagne ou encore l’Australie. Les raisons de ce déclin annoncé sont multiples, mais les insuffisances dont souffrent les conditions d’accueil des étudiants étrangers et le manque de visibilité de l’enseignement supérieur français jouent un rôle prépondérant dans l’amorce de ce phénomène. La complexité des difficultés réclame une réaction, certes prompte, mais surtout réfléchie, sous la forme d’une stratégie d’envergure permettant de répondre à ces nouveaux défis.

Néanmoins, ainsi que le veut l’adage, « il n’est jamais bon de confondre vitesse et précipitation ». À ce titre, la hausse des frais de scolarité pour les étudiants extra-européens se conçoit comme une mesure prise à contretemps, et ce à plusieurs égards.

L’exécutif semble vouloir procéder dans l’urgence, en mettant en place cette mesure alors même qu’une année ne s’est pas écoulée entre son annonce et sa mise en œuvre. S’agissant de la modification d’un simple point de droit, il est envisageable de s’affranchir des contraintes de temps, et de privilégier la célérité à la concertation. Eu égard à l’importance qualitative (1600% d’augmentation des frais de scolarité) et quantitative (plusieurs dizaines de milliers d’étudiants seront impactés) de cette augmentation, force est de considérer que cette approche ne peut être considérée comme satisfaisante. De même, il convient de relever que les universités, premières concernées par cette mesure, tant parce qu’elles devront l’exécuter que parce qu’elles en seront a priori les principales bénéficiaires, ont subi des conditions de dialogue extrêmement difficiles, voire inexistantes, avec leur ministère de tutelle, alors même que la Conférence des présidents d’université a ouvertement confié ne pas être réfractaire au changement dès lors que celui-ci repose sur une stratégie réfléchie et structurée.

Si le ministère, en instaurant une mission de concertation associant les acteurs de terrain et en ayant pris la décision d’exonérer les doctorants de cette hausse des frais de scolarité, a démontré sa capacité à effectuer des concessions, force est de considérer qu’un véritable temps de réflexion doit être mis en place afin de mieux apprécier l’impact de cette mesure, ainsi que d’élaborer les moyens permettant de contrer les effets néfastes qui ne manqueront pas de suivre sa mise en œuvre, notamment un effet d’éviction observé dans les États européens ayant déjà fait le choix de mettre en place de tels frais différenciés.

Ces conséquences connues et inconnues réclament, à mon sens, la mise en place d’un moratoire, et, à défaut, l’instauration de mesure d’urgence au bénéfice des étudiants en provenance des pays les plus pauvres. En toute hypothèse, une stratégie d’une telle envergure réclame à ce que l’exécutif y associe l’ensemble des acteurs impliqués, qu’ils soient universitaires, parlementaires, internationaux, sous peine de vider le plan « Bienvenue en France – Choose France » de son efficacité et de sa légitimité tout à la fois, et ce alors même que le système universitaire français a plus que jamais besoin d’une transformation en profondeur lui permettant de faire face aux nouveaux défis qui s’offrent/s’imposent à lui.

Pour visionner la vidéo des débats en commission, cliquez ici

 

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