La Laïcité, ciment de la fraternité

’Le but final de l’instauration d’un régime politique n’est pas la domination ni la répression des hommes, ni la soumission au joug d’un autre. Ce à quoi l’on a visé par un tel système, c’est à libérer l’individu de la crainte de telle sorte que chacun vive autant que possible, en sécurité ; en d’autres termes conserve au plus haut point son droit naturel de vivre et d’accomplir une action (sans nuire ni à soi-même ni à autrui). Non, je le répète, le but poursuivi ne saurait-être de transformer des hommes raisonnables en bêtes ou en automates ! Ce qu’on a voulu leur donner, c’est, bien plutôt, la pleine latitude de s’acquitter dans une sécurité parfaite des fonctions de leur corps et de leur esprit. Après quoi ils seront en mesure de raisonner plus librement, ils ne s’affronteront plus avec les armes de la haine, de la colère, de la ruse et ils se traiteront mutuellement sans injustice. Bref, le but de l’organisation en société, c’est la liberté ! Baruch Spinoza

La récente et douloureuse résurgence du terrorisme islamiste sur notre territoire nous amène, une fois encore, à nous interroger collectivement sur le rapport que la République doit entretenir avec les religions. Maintes fois invoqué à l’occasion des débats passés, le principe de laïcité se retrouve à nouveau en première ligne, pour le meilleur comme pour le pire.

En France, nombreux ont été les philosophes et personnalités politiques qui se sont interrogés sur le sens, la valeur et la portée de la notion de laïcité, depuis lors consacrée au sein de notre droit. Malgré le caractère séculaire des questionnements relatifs au rapport entre la sphère publique et la sphère religieuse, la controverse persiste encore aujourd’hui, entretenue par une forme de méconnaissance de ce principe fondamental de notre République.

Aristide Briand, rapporteur de la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État disait de ce dernier qu’il n’était « ni religieux, ni antireligieux (…) » mais qu’il était « areligieux ». Si le principe de laïcité n’était alors pas explicitement évoqué dans le texte, on y retrouve les fondements de ce qui constitue l’essence de la laïcité « à la française ».

Le premier de ces fondements est la liberté de conscience, qui permet à chaque Française et à chaque Français de bénéficier du choix de croire ou de ne pas croire, quelle que soit la religion dont il se revendique ; le second est la liberté du culte, corolaire du premier, et permet aux croyants d’exercer librement leur foi. À la convergence de ces deux fondements, on retrouve un principe de non-discrimination, qui protège les croyants et les non-croyants en leur assurant une égalité civile absolue.

Aux côtés de ces principes individuels, un principe général de neutralité qui s’applique tant à l’État qu’aux religions pratiquées sur son territoire. Ainsi l’État ne doit en aucun cas intervenir dans l’élaboration des doctrines ou dans l’organisation internes des cultes ; en contrepartie, ces derniers s’engagent à ne pas contester ce qui relève de la seule compétence de l’État, à commencer par l’application des lois de la République.

On pourrait ainsi résumer le principe de laïcité à cet équilibre essentiel entre ce qui relève exclusivement de la sphère publique strictu sensu et de ce qui relève de la seule dimension religieuse, elle-même cantonnée dans la sphère privée.

Essentiel, cet équilibre est également fragile, comme en atteste les tentatives de déstabilisation dont il fait régulièrement l’objet de la part d’extrémismes pour lesquels la nuance est une faute et la tolérance une offense.

Parmi ces extrémistes, on retrouve celles et ceux qui, au nom de dogmes religieux, souhaitent imposer par la violence et par la mort leur vision totalitaire et rétrograde de la société. Qu’ils s’appellent Mohamed Merah, Chérif et Saïd Kouachi ou encore Abdelhamid Abaaoud, tous prêchent le terrorisme, à la fois comme idéologie et comme moyen d’action contre des valeurs républicaines qui leur survivront.

Ils ne sont néanmoins pas les seuls ennemis déclarés de la laïcité, en témoigne l’existence d’un autre groupe, tout aussi radical dans sa conception des religions. Ceux-là sont les tenant d’une philosophie viscéralement anticléricale, dans de nombreux cas anti-islam, qui méprisent la liberté de conscience et tentent de déformer en faveur de leurs desseins politiques une laïcité qu’ils se plaisent à décrire sous les traits d’un athéisme d’État. S’ils ne marchent pas aux côtés des djihadistes, leurs actions meurtrières leur servent de point d’appui afin de diffuser leur rejet de la diversité.

Les plus ardents défenseurs de la laïcité ne sauraient s’inscrire dans l’un ou l’autre de ces camps que tout semble opposer mais dont les intérêts en apparence antagonistes convergent en un point au moins : celui de mettre à bas tout ou partie des principes fondamentaux de notre démocratie.

Tandis que la représentation nationale sera bientôt amenée à examiner le futur projet de loi relatif à la laïcité et aux principes républicains annoncé par le Gouvernement, il nous faut garder à l’esprit que notre véritable ennemi n’est pas la religion, mais bien les dérives totalitaires qui peuvent la parasiter ; que notre véritable objectif n’est pas d’éradiquer la liberté de conscience, mais bien de protéger l’État des tentatives d’ingérence politique commanditées par des séparatistes religieux.

Le débat qui s’annonce sera d’une importance capitale pour l’avenir de notre pays, en ce qu’il viendra définir, sans doute pour des décennies durant, la conception que l’État aura de la religion, mais encore et surtout des Françaises et Français souhaitant pratiquer leur foi.

À ce titre, l’Islam ne saurait constituer le point focal ni du Gouvernement, ni du législateur. Doublement victimes du dévoiement de leur religion, les Musulmans de France doivent tout à la fois subir les amalgames et, s’il était besoin de le rappeler, les balles des terroristes, qui, aveugles, frappent indifféremment la religion, la couleur de la peau, le genre ou encore de la nationalité de leurs trop nombreuses victimes.

Notre souci constant doit être la seule lutte contre le séparatisme, c’est-à-dire la volonté nuisible de quelques individus de former des contre-sociétés s’inscrivant à rebours de nos valeurs républicaines. Ces groupes sont protéiformes, mais obéissent tous à une démarche politique qu’il nous revient de combattre de toutes nos forces.

Ainsi, cristalliser le débat autour du seul Islam, des seuls Musulmans reviendrait à poursuivre un résultat inverse à celui auquel nous devons aspirer. Au lieu de faire République, nous attiserions le feu de la discorde et de la division, dont les flammes sont déjà bien trop vives à l’heure où sont rédigées ces lignes.

L’expérience nous l’a démontré : mettre l’Islam et ses fidèles au ban de la société provoquerait la marginalisation d’une importante partie de la population française. En parlant des fractures territoriales lézardant la France, Manuel Valls, alors Premier ministre, évoquait « un apartheid territorial, social, ethnique ». Notre responsabilité est de panser cette plaie, et non de l’élargir davantage au nom d’une vision dévoyée de la laïcité.

L’heure est grave ; si les Français nous regardent, c’est l’Histoire qui nous jugera. Parce que la France est le pays des droits de l’Homme, parce qu’elle est celui des Lumières et de leurs valeurs, l’erreur ne nous sera pas permise. En cette période troublée, ayons à cœur de nous fier à la boussole que constitue le principe de laïcité, et gardons-nous fermement de céder à l’appel des sirènes de l’extrémisme.

Ce n’est qu’à cette condition et à elle seule que nous parviendrons à préserver notre République et ses valeurs. Ce n’est qu’à cette condition et à elle seule que nous parviendrons à vivre ensemble.

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