Tribune – Pour un soutien aux « extras » face au Covid-19 et ses conséquences

Afin de faire face à la crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19, le Gouvernement, soucieux de la sauvegarde de la santé publique, a pris la difficile décision de confiner la population française pendant plus de 50 jours, de même que de mettre à l’arrêt certains secteurs d’activité pourtant essentiels au fonctionnement de notre économie.

En responsabilité, ces mesures d’urgence sanitaire ont été assorties de dispositifs visant à soutenir les salariés et les entrepreneurs, comme par exemple la création d’un Fonds de soutien aux entreprises les plus fragiles, la mise en place de garanties étatiques exceptionnelles afin d’emprunter, ou encore un assouplissement et une généralisation de la mise au chômage partiel.

À l’heure où s’amorce le déconfinement, et avec lui la reprise de l’activité économique de notre pays, le plus difficile reste cependant à faire, et les pertes accusées durant toutes ces semaines en raison du ralentissement de l’ensemble des secteurs d’activité réclament qu’une attention de chaque instant soit portée sur la durée à tous les professionnels affaiblis par l’impact des mesures d’urgence sanitaire.

Parmi ces femmes et ces hommes, il en est cependant certains pour qui cet impact a été particulièrement éprouvant, et pour qui le déconfinement n’est pas encore synonyme de salut financier.

Ces personnes fréquentent les plus hautes personnalités de ce monde en toute discrétion ; elles travaillent pour des institutions prestigieuses comme l’Assemblée nationale, le Sénat, ou encore l’Élysée ; elles servent avec application ceux qui requiert leurs services pour quelques jours voire pour quelques heures seulement. Elles et ils sont ceux que l’on surnomme les « extras » de l’événementiel, ces petites mains qui oeuvrent en coulisses afin que se déroulent au mieux les réceptions, cérémonies et autres séminaires.

L’organisation de ces événements mondains, tout comme toutes les activités non essentielles susceptibles de regrouper un grand nombre d’individus, ont cessé au moment où débutait le confinement, et avec eux disparaissaient la principale source de revenu de ces professionnels dont l’activité implique une forme de précarité constante.

En effet, elles et ils font partie de ces « extras » (CDDU), personnes dont les périodes d’activité sont entrecoupées de périodes de chômage plus ou moins longues en fonction de la disponibilité des offres de d’emploi dont la durée n’excède pratiquement jamais plusieurs semaines. Or, les mesures d’urgence sanitaire ont été pour eux une double peine : non seulement les offres d’emploi sont devenues inexistantes, mais il leur était également devenu impossible, le cas échéant, d’ouvrir leurs droits à une allocation chômage lorsqu’ils ne bénéficiaient d’ores et déjà pas de la durée d’affiliation requise pour ce faire.

Leur statut particulier, semblable à celui des intermittents du spectacle, pour lesquels des dispositions spécifiques existent, ne leur permettait en effet pas de bénéficier du dispositif d’activité partielle élargi – n’étant pas nécessairement salariés d’une entreprise – ; ni, pour celles et ceux dont les droits à une allocation chômage n’étaient pas encore ouverts, de la prorogation de la durée de versement des aides de retour à l’emploi décidée par le Gouvernement.

Cette position dans une sorte d’angle mort opérationnel a placé des milliers d’entre eux dans une situation délicate durant le confinement, et les a conduits à crier une détresse bien compréhensible au regard des conséquences présentes mais également à venir de la crise provoquée par l’épidémie.

Lors des débats sur le projet de loi portant diverses dispositions urgentes pour faire face aux conséquences de l’épidémie de Covid-19, une attention toute particulière a été portée tant par les députés que par le Gouvernement sur la nécessité de tenir compte des différences sectorielles en termes de reprise de l’activité économique. À cet égard, les dispositifs spécifiques mis en place durant la période de confinement, et notamment celui de l’activité partielle, seront adaptés et continueront d’être appliqués à certaines entreprises pendant plusieurs mois, comme pour celles du secteur CHRD (Cafés – Hôtels – Restaurants – Discothèques).

Néanmoins, et s’agissant des professionnels de l’événementiel non-salariés de ces entreprises, ces derniers continueront également de souffrir d’une part de la diminution de l’activité consécutive au confinement de la population, et d’autre part des mesures sanitaires – interdiction des événements festifs impliquant des rassemblements, fermeture de certains lieux accueillant du public, … – qui resteront en vigueur au moins jusqu’au mois de juillet prochain.

Nous ne pouvons rester insensibles à cette situation concernant plusieurs milliers de personnes réparties sur le territoire national.

À ce titre, nous, signataires de la présente tribune, demandons au Gouvernement de prendre toute mesure de nature à permettre à ces professionnels de bénéficier temporairement d’un régime dérogatoire aux normes applicables en matière d’assurance chômage, telles que prévues par le décret n°2019-797 du 26 juillet 2019.

Ces modifications sont susceptibles de porter sur une modulation de la durée d’affiliation exigée afin d’ouvrir leurs droits à une allocation chômage, sur un rechargement automatique des droits déjà acquis afin de tenir compte des difficultés de reprise de l’activité dans ce secteur, ou encore une prorogation supplémentaire des droits de ces professionnels. En toute hypothèse, un examen au cas par cas des dossiers pourrait être envisagé afin de répondre de la manière la plus précise qui soit à ces situations complexes.

Convaincus que le Gouvernement sera sensible aux difficultés auxquelles font actuellement face ces personnes dont elles savent, tout comme nous, la qualité et le dévouement, nous en appelons donc solennellement à un aménagement rapide des dispositions réglementaires susmentionnées.

Signataires

Jean François MBAYE (député du Val-de-Marne)
Delphine BAGARRY (députée des Alpes-de-Haute-Provence)
Xavier BATUT (député de Seine-Maritime)
Stéphane BUCHOU (député de la Vendée)
Carole BUREAU-BONNARD (député de l’Oise)
Stéphane CLAIREAUX (député de Saint-Pierre et Miquelon)
Mireille CLAPOT (députée de la Drôme)
Olivier DAMAISIN (député du Lot-et-Garonne)
Yves DANIEL (député de Loire-Atlantique)
Pascale FONTENEL-PERSONNE (députée de la Sarthe)
Bruno FUCHS (député du Haut-Rhin)
Danièle HERIN (députée de la Moselle)
Hubert JULIEN-LAFERRIERE (député du Rhône)
Sonia KRIMI (députée de la Manche)
Pascal LAVERGNE (député de la Gironde)
Fiona LAZAAR (députée du Val-d’Oise)
Marion LENNE (députée de Haute-Savoie)
Sophie METTE (députée de la Gironde)
Monica MICHEL (députée des Bouches-du-Rhône)
Jean-Michel MIS (député de la Loire)
Zivka PARK (députée du Val-d’Oise)
Claire PITOLLAT (députée des Bouches-du-Rhône)
Laurianne ROSSI (députée des Hauts-de-Seine)
Sira SYLLA (député de Seine-Maritime)
Laurence VANCEUNEBROCK (députée de l’Allier)
Hélène ZANNIER (députée de la Moselle)

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