L’insoumission gauche

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Ce nombre est celui d’amendements déposés dans le cadre de l’examen en séance publique du projet de loi instaurant un système universel de retraite. Si celui-ci est loin de constituer un record absolu (environ 140000 amendements en 2006 sur la loi autorisant la privatisation de GDF) il s’agit néanmoins du nombre le plus élevé enregistré durant cette législature, et le second plus élevé sous la Ve République.

Si l’on peut se féliciter d’une telle productivité parlementaire, l’on se rappellera néanmoins que quantité et qualité sont deux paramètres distincts, et qu’il convient de les apprécier comme tels.

Intéressons-nous justement au détail de ces propositions : la première chose que l’on peut relever, c’est qu’une écrasante majorité de ces amendements ont été déposés par des députés appartenant aux groupes de La France Insoumise (environ 23000) et de la Gauche démocrate et républicaine (plus de 13000). Jusqu’ici, rien d’anormal : le droit d’amendement est un droit constitutionnel, et il est parfaitement naturel que des groupes appartenant à l’opposition parlementaire en fasse l’usage qu’il estime être le plus opportun.

Cet usage, en l’espèce, consiste ni plus ni moins qu’à étayer des manœuvres dilatoires visant à embourber le débat parlementaire sur un texte dont l’importance n’est pourtant plus à démontrer.

Si, avant l’ouverture des discussions en commission spéciale, le doute pouvait bénéficier à l’opposition, force est de considérer, après plusieurs dizaines d’heures de débats, que celle-ci n’aura pas eu la force ou la volonté de conserver le masque.

Il faut dire que celui-ci était difficile à porter : sur les dizaines de milliers d’amendements déposés en commission spéciale, des amendements identiques rédigés par chacun des membres du groupe parlementaire présidé par Jean-Luc Mélenchon ; des amendements de suppression déposés non seulement sur chacun des articles du texte, mais encore sur chaque alinéa que comporte le projet de loi. C’est le produit de ces deux facteurs qui a permis à la France Insoumise d’atteindre un tel degré de « productivité ».

Bis repetita en amont de l’examen en séance publique, avec cette fois-ci le concours du groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

Suprême ironie, les parlementaires concernés se justifient par leur volonté de faire vivre un débat confisqué selon eux par les règles de procédure parlementaire applicables à tout député, indistinctement de son étiquette politique. Soit.

Mais, dans cette hypothèse, comment expliquer la pauvreté du travail de fond ressortant de ces amendements, laquelle est d’autant plus criante que les exemples en sont légion ? Comment expliquer les amendements conduisant mécaniquement à des incohérences légistiques ? Comment expliquer que, en souhaitant supprimer chaque alinéa du texte, leurs auteurs vont jusqu’à se prononcer contre des principes dont on aurait pu légitimement penser qu’ils y étaient attachés, comme celui ô combien précieux de la solidarité ?

L’ensemble est à l’image des parties qui le composent : il ne fait aucun sens.

Aucun sens ou presque, car l’application et l’assiduité des députés de l’opposition a au moins l’effet de scléroser un débat rythmé, parfois par des échanges de vues intéressantes, souvent par des incidents provoqués par des accès d’indignation feinte ou sincère et de nombreuses attaques ad hominem allant parfois jusqu’à l’invective.

Il est regrettable que les Français aient à subir non seulement ce qui s’apparente à un désolant spectacle pour la vie démocratique, mais encore une obstruction aussi préjudiciable à une réforme d’une importance majeure.

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