Parce que parler de voile est passionnant, en voici une louange

Ces derniers temps, le nombre de personnes passionnées par les questions de voile a connu une augmentation certaine, chacune et chacun y allant de son analyse ou de son observation. Je comprends, et même partage cet engouement : lorsque j’entends le mot « voile », je ne peux m’empêcher de songer à la liberté, au voyage et à l’exploration.

Combien de territoires inconnus, combien d’espèces exotiques ont été découverts grâce à des femmes et à des hommes épris de voile ? Sans eux, nous serions encore sans aucun doute plongés dans les ténèbres de l’ignorance. Tant la reconnaissance que l’actualité médiatique m’invitent donc à leur consacrer aujourd’hui un billet, afin d’apporter ma modeste contribution à un traitement médiatique qui, je l’espère, y trouvera de quoi s’enrichir quelque peu.

Nourrissant un attrait important à l’égard des problématiques liées à la biodiversité, c’est tout naturellement que je me suis intéressé aux témoignages des amateurs de voile les plus renommés. Leurs récits merveilleux, qui feraient rêver chaque enfant qui sommeille en chacun de nous, évoque la manière dont l’espèce humaine, seule face à la nature, renoue avec elle tout en composant avec son caractère sauvage voire impitoyable. Certes, le passionné de voile est un aventurier, mais c’est avant tout un poète, capable d’apprécier à sa juste valeur la beauté qui réside dans tout ce qu’embrasse son regard, et d’alerter sur la nécessité de préserver l’écrin qui abrite tant de merveilles.

Ainsi, et pour ne citer qu’elle, Maud Fontenoy déclarait au Monde le 4 juin dernier qu’en raison du « (…) réchauffement climatique, les océans s’acidifient. Or, l’acidification affecte notamment le squelette du zooplancton, base de toute la vie dans les océans, on est en train d’étouffer les mers […]. Par ailleurs, il y a déjà des zones mortes où l’oxygène n’est plus présent en quantité suffisante pour permettre la vie marine ». Ce cri d’alarme doit nous interpeller, notamment en ce qu’il est poussé par une navigatrice chevronnée dont le principal fait d’armes est d’avoir fait le tour de l’hémisphère sud à la voile (et à contre-courant !). En effet, nul autre n’est plus à même de témoigner depuis les premières loges de la destruction programmée de la biodiversité marine, destruction qui deviendra inéluctable si rien n’est entrepris dès à présent.

Cette proximité avec la nature, cette conscience qui ne fait plus qu’un avec un environnement dont nous dépendons entièrement me fait penser et dire que la pratique de la voile devrait être davantage promue, tant elle contribue au développement d’une conscience écologique.

Si les récits oniriques d’Isabelle Autissier sur l’antenne de France Inter nourrissent l’imaginaire de chacun d’entre nous, ils mettent également en lumière les conséquences dramatiques de notre manque de respect pour les mers et les océans : la surpêche, comme celle actuellement pratiquée dans les eaux territoriales chinoises ; la dégradation des fonds marins, à laquelle a contribué le sabordage du sous-marin K-27 en mer de Kara, dont le réacteur nucléaire est encore équipé de l’ensemble de son combustible ; l’atteinte à l’intégrité des espèces marines et la chasse à la baleine, que le Gouvernement norvégien cautionne en autorisant la mise à mort de 999 cétacés pour la seule année 2017. Ces exemples rapportés par la navigatrice ne sont malheureusement pas exhaustifs, et démontrent s’il en était besoin l’ampleur et la gravité des problèmes auxquels nous devons faire face.

Dans le cadre de mes fonctions de rapporteur budgétaire sur la mission « écologie, mobilités et développement durables », je m’étais moi-même penché sur ces problématiques et sur l’importance du rôle de la diplomatie environnementale en la matière. En effet, l’aspect international de la préservation de la vie marine réclame à ce que chaque État et chaque Gouvernement concerné coopère dans l’optique d’assurer la préservation des milieux marins situés dans ses eaux territoriales (aussi appelées « zone économique exclusive » ou « ZEE ») et les eaux internationales attenantes à celles-ci. En pratique, cette coopération se traduit par la création d’aires marines protégées (AMP), lesquelles doivent constituer des sanctuaires pour les espèces qu’elles abritent. Néanmoins, ces AMP étant particulièrement vastes et ne bénéficiant pas de limites physiques, il est extrêmement difficile de préserver leur intégrité face à des intérêts économiques ou politiques souvent peu soucieux des préjudices subis par les milieux naturels. Néanmoins, ces atteintes ne sont pas systématiquement volontaires ou malveillantes, et il n’est pas rare que certains pays capturent ou blessent accidentellement certains spécimens alors même qu’ils ne pratiquent pas leur pêche. De même, la vie marine se situe parfois hors de l’eau : les oiseaux de mer, comme le puffin des Baléares ou l’albatros d’Amsterdam font partie des espèces de vie marine protégées par notre réglementaire nationale.

Des problématiques complexes donc, qui réclament des réponses élaborées, difficiles à mettre en place, mais impératives au regard de l’urgence en présence. Ne nous voilons pas la face : l’unité est notre seule voie de salut, tandis que les clivages stériles contribueront à notre perte collective. Nul doute que le premier pas de ce grand périple que nous devrons entreprendre ensemble sera celui qui nous mènera hors de la route que ne cessent de paver celles et ceux qui s’ingénient à provoquer et à diviser pour leur bon plaisir, et au détriment de tous.

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