De l’inconsistance d’un débat « Pro » ou « Anti » PMA (modifié)

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »

Cette citation, qui n’est pas de Voltaire, contient l’essence même du sentiment qui devrait animer celles et ceux qui souhaitent croiser le fer dans la tumultueuse arène du débat public.

Promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron, l’extension de l’assistance médicale à la procréation (appelée couramment « PMA ») aux couples de femmes et aux femmes seules déchaîne les passions depuis plusieurs mois. Cet émoi est compréhensible : présentée alors comme un corolaire indissociable de l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, le précédent Gouvernement et sa majorité ont finalement choisi de reculer face aux protestations d’une partie du peuple français. Bis repetita ? Impossible.

Il apparaît désormais comme certain que la révision prochaine de la loi de bioéthique, dont l’examen à l’Assemblée devrait avoir lieu fin septembre 2019, rouvrira les discussions autour d’une éventuelle extension de l’assistance médicale à la procréation. Qu’il s’agisse des États généraux de la bioéthique, organisés en début d’année, ou des travaux menés pendant plusieurs mois par la mission d’information parlementaire relative à la révision de la loi de bioéthique, tout indique que l’AMP constituera un point focal du débat public, au sein du Parlement comme en dehors de ses murs.

D’ores et déjà, des leaders d’opinions se plaisent à aiguillonner les mauvaises passions. En inscrivant les débatteurs dans un rapport manichéen opposant les « Pros » aux « Antis », ils évacuent de facto des discussions, deux éléments impératifs en matière d’éthique : la réflexion et la considération d’autrui. Néanmoins, il serait injuste de jeter la pierre aux seuls influenceurs, l’accentuation de ce clivage n’étant pas sans déplaire à celles et ceux qui se conçoivent moins comme des penseurs que comme des belligérants, fervents serviteurs de la cause qu’ils estiment la meilleure.

Ainsi fleurissent dans la presse, sur les réseaux sociaux et partout ailleurs des prises de position dénuées de toutes nuances. Cette attitude n’est pas honnête intellectuellement, tout comme elle n’est pas satisfaisante humainement. Car tel est l’objet des discussions qui nous intéressent : elles ne concernent rien de moins que la vie, le destin de milliers de femmes et d’hommes. Cette seule considération commande la prudence et l’humilité face aux questions dont nous sommes saisis. De même, la complexité de ces problématiques nous invite, nous décideurs politiques, à adopter dans nos réflexions, une hauteur de vue que réclament ces responsabilités qui sont les nôtres.

Ainsi que j’ai pu le faire en qualité de vice-président de la mission d’information parlementaire relative à la révision de la loi de bioéthique, et ainsi que je continuerai à le faire lors des débats, je refuse sans ambiguïté toute confiscation artificieuse des discussions par quelque courant ou idéologie que ce soit, demeure ouvert au dialogue avec l’ensemble des parties prenantes et invite, l’ensemble de mes collègues parlementaires à en faire de même.

Ensemble, œuvrons en bonne intelligence et dans le respect de chacun, pour que cette réforme de la loi de bioéthique soit conduite avec sérénité et efficacité.

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